F.I.N.D. 2015 : Sœurs, un épique pathos

Publié le Tuesday 28 April 2015

Du 17 au 26 avril, la Schaubühne présentait dans le cadre du Festival Internationale Neue Dramatik (F.I.N.D.) des créations théâtrales de partout à travers le monde. La francophonie y était représentée par Sœurs, dernière pièce du Libano-québécois Wajdi Mouawad. Berlin Poche ne pouvait pas manquer d’y être…

 

SOEURS wajdi mouawad théâtre schaubuehne FIND annick bergeron

© Pascal Gely

 

La relation à la langue maternelle et l’exil occupent la place centrale du spectacle introspectif que nous offre Mouawad. Dans un monde globalisé, ce thème peut sembler anachronique, voire incompréhensible, mais il nous est amené avec justesse et sensibilité par la performance d’Annick Bergeron, jouant en solo tous les rôles de la pièce. Les deux principaux personnages, Geneviève et Nayla, passent sous nos yeux par toute la gamme des émotions, de l’indifférence à la rage, de la tristesse à l’espoir. Dans l’intimité d’une chambre d’hôtel d’Ottawa, la première, avocate se vouant à la médiation de conflits guerriers, finit par rencontrer la seconde, experte en sinistre pour une compagnie d’assurance. Au fil du temps et des mots, on découvre qu’elles ont beaucoup plus en commun que d’abord supposé. Le jeu juste et ciselé d’Annick Bergeron nous tient en haleine, qu’on soit touché par l’histoire ou non. C’est qu’elle en a eu du travail pour composer le rôle de Nayla : elle a rencontré quotidiennement la sœur du dramaturge pendant plus d’un an !

 

Un bémol : malgré l’interprétation sans faille d’Annick Bergeron, on a du mal à croire que les deux personnages se trouvent dans la chambre. Les différentes solutions utilisées (personne cachée sous le matelas, voix provenant des haut-parleurs) ne convainquent pas autant qu’il le faudrait pour une œuvre de ce niveau. Par contre, les animations projetées sur les murs pour montrer ce qui se passe derrière ceux-ci, bien que minimalistes, fonctionnent très bien et apportent des changements visuels bienvenus. Des murs semi-circulaires roulants permettent également de passer rapidement de la chambre d’hôtel au corridor.

 

SOEURS wajdi mouawad théâtre schaubuehne FIND annick bergeron

© Pascal Gely

 

L’intimité à la culture entretenue rend la pièce très personnelle. Tellement qu’on peut facilement supposer qu’elle n’ait pas atteint tous les spectateurs avec la même intensité. L’origine et la culture de chacun jouent un rôle crucial dans la compréhension de l’œuvre. L’émotivité et la douce mélancolie des personnages présentent également des vérités qui ne se laissent pas comprendre par la simple rationalité. Certains parleront de sensibilité, d’autres de pathos, mais toute émotion à l’état pur n’est-elle pas pathétique à sa façon ?

 

 

Mathieu Pelletier

 

 

Sœurs

Dans le cadre du Festival F.I.N.D. 2015 à la Schaubühne
21 et 22 avril 2015 |  20h

Schaubuehne.de
Entrevue en anglais de Wajdi Mouawad

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