Anne Dietrich, Odette germano-indienne

Publié le Dimanche 10 mars 2013
Anne Dietrich

© Michael F.

 

Après la représentation de Swan Lake in Mohiniyattam le 10 mars dernier (lire notre entrevue avec la chorégraphe), revenons sur le parcours d’une des danseuses de la troupe, l’Allemande Anne Dietrich. Elle découvre la danse indienne il y a 10 ans et par là le Mohiniyattam. Entretiens sur son histoire, ses expériences et l’influence du style sur sa personnalité.

 

Après une formation classique, comment en êtes-vous venue à la danse indienne, plus spécifiquement au Mohiniyattam ?

J’avais remarqué il y a dix ans que quelque chose me manquait dans mon langage corporel, mais je ne pouvais le formuler. Un ami me présenta le Mohiniyattam et l’académie de danse la Kerala Kalamandalam. J’étais impressionnée par ce style aux mouvements fluides tout en douceur et rondeur. Le caractère de cette danse uniquement féminine me fascinait, sentiment que je n’avais pas en danse contemporaine. J’ai donc décidé de m’inscrire à la Kerala Kalamandalam – Deemed University for Art and Culture. Après plusieurs mois je me suis entièrement consacré au Mohiniyattam. C’est un style qui permet de raconter des histoires, qui par ses mouvements doux, sa gestuelle, ses émotions apportent quelque chose de méditatif dans une société agitée.

 

N’est-ce pas difficile de trouver, en tant que non-indienne, accès à cette tradition ?

Les débuts ont été très durs. L’inconnu et les études extrêmement éprouvantes m’ont presque fait désespérer durant les premiers trois mois. En Inde – le pays des contradictions – les démarches administratives les plus petites peuvent prendre beaucoup de temps. Se rajoute le bruit permanent, les klaxons, les trains bondés et coupures électroniques, les rues surpeuplées d’hommes, de vaches, de chèvres et de chiens. Néanmoins, j’essayais de me concentrer le mieux possible sur les cours. J’y allais avec sari de danse, cheveux attachés, boucles d’oreilles et bindi (le point sur le front). J’étais impressionnée par les étudiantes et leur profond respect pour le maître. Elles suivaient ses instructions sans jamais l’interrompre. Trouver accès à la danse indienne n’est pas facile sans les connaissances mythologiques et religieuses. Nos manières d’être, d’agir et même de voir sont différentes. Il faut d’abord intérioriser l’autre culture.

 

Anne Dietrich

© Michael F.

 

Est-il plus simple de faire mieux connaitre la danse indienne en Europe en la fusionnant avec des styles occidentaux ?

Je ne pense pas. Un artiste devrait dans son travail essayer de transmettre l’idée et le contenu de la danse indienne d’une façon authentique pour une approche esthétique. Le public, qui pour la plupart du temps ne connaît pas ce style a besoin d’informations (langage corporel et gestuelle, mimique du visage, costume et make-up, mythologie). Mais la musique occidentale, comme dans la production du Lac des Cygnes peut en effet créer un pont entre l’est et l’ouest. Avec ce repère familier le spectateur peut plus facilement accéder à la danse indienne.

 

Est-ce que la danse et les études en Inde t’ont aussi changé personnellement ?

Oui, j’ai changé en tant que personne et en tant que danseuse. Outre le fait que les études m’ont surtout appris une approche plus respectueuse des professeurs et de notre entourage, mon langage de danseuse s’est enrichi et formé. Je suis devenue plus douce, lyrique et sensible. L’approche de mes pièces est souvent plus narrative. Mes études m’ont montré que les approches esthétiques et pédagogiques à la danse sont culturellement très différentes. Et j’ai appris une chose : observer encore et encore pour mieux apprendre.

 

 

Florence Freitag

 

Une journée dans la vie d’une étudiante en danse indienne

5H – Début des cours, car la température est la plus agréable à ce moment là. Entrainement intensif des yeux, qui le matin sont le plus actifs et forts.
7H - Entrainement matinal pour renforcer le corps. À cause du climat très chaud et humide cela est très fatigant.
8H – Petit déjeuner – Soupe de riz avec quelques lentilles.
De 9 à 13Het de 14 à 17H – Cours avec le gourou dans les kalaris (salles de cours). Études des techniques de danse et du travail chorégraphique. Au début et à la fin d’une séquence on touche de manière respectueuse les pieds du gourou.
Le soir – Lecture des livres sur la danse indienne ou études de l’ancien langage, Sanscrit, indispensable pour la danse.

 

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