Masse : le Staatsballett emporte les masses !

Publié le Mardi 14 mai 2013

Après Shut Up And Dance Reloaded, le Staatsballett collabore une nouvelle fois avec l’antre techno de Friedrichshain, ancienne centrale thermique. Au Berghain, trois danseur et danseuses troquent leurs chaussons pour mener la danse et nous proposent trois chorégraphies diverses regroupant au total trente danseurs, solistes et corps de ballet confondus. C’est le résultat d’un long travail créatif entre compositeurs* et pirouetteurs, une véritable symbiose entre mouvements corporels et beats mélodiques.

 

© Bettina Stöss

 

Pour commencer, le morceau Evolve du duo Efdemin et Marcel Fengler aka DIN rythme la chorégraphie de Xenia Wiest, Quinque Viae – Dynamics of Existence. Entre danse satanique et derviche tourneur, la chorégraphe débute son œuvre en concentrant ses danseurs en un point, autour duquel les corps évoluent sous divers angles. Une approche très variée mais unisexe qui se conjugue en solo, duo ou trio. Xenia Wiest aime travailler et enrouler les corps, d’où éclosent des mouvements saccadés, lancinants, mais jamais brutaux. L’espace est occupé comme le feraient des particules constituant l’univers. Elles pullulent, muent mais jamais ne polluent ! Parmi les danseurs, Elisa Carrillo Cabrera est comme toujours bluffante.

 

© Bettina Stöss

 

Marcel Dettmann et Frank Wiedemann ont peaufiné ensuite un Menuett pour Boson de Nadja Saidakova. L’atypique soliste russe nous avait déjà enthousiasmés avec Egopoint, aux accents « forsythiens » et ponctué par le DJ Luke Slater. Elle rembraye avec une œuvre mystérieuse, à l’esthétisme à fleur de peau, dans laquelle des danseurs vêtus de justaucorps couleur chair apparaissent telles des créatures mythiques, asexuées et inquiétantes, qui conquièrent l’espace avec une précision exemplaire. Une pièce qui n’est pas sans rappeler Corps de Walk de Sharon Eyal,  collaboration de la chorégraphe israélienne avec la compagnie norvégienne Carte Blanche présentée lors de la dernière édition du festival Tanz im August. Les danseurs reprennent des lignes, des diagonales classiques pour finalement les déstructurer : les écarts sont décalés, les arabesques déhanchées. Les costumes-combinaisons consistent en une sorte de double peau. Ainsi les danseurs se transforment en êtres androgynes, telles des larves sortant de leur cocon gluant… Peu appétissant mais savoureusement troublant !

 

© Bettina Stöss

 

Enfin, Henrik Schwarz a composé Ballett­suite #1 pour They de Tim Plegge. Certainement la chorégraphie la plus physique de la soirée, pour quatre danseurs et cinq danseuses, mais aussi la plus foisonnante musicalement parlant. Une prouesse technique digne d’un marathon ! Les protagonistes se croisent, se dévisagent, s’envolent… mais masqués pour commencer. Puis lesdits masques tombent, la danse débute : on tâtonne et on se danse sur les pieds. S’en suit un dialogue de plus en plus loquace dans son mouvement : chaque signe, chaque tremblement, chaque essoufflement traduit cette envie, ce besoin ardent de communiquer. Jusqu’au dernier soupir musical, la danse se superpose toute en finesse, frôlant parfois la transe orgasmique !

 

N’oublions pas ici de mentionner le célèbre peintre contemporain Norbert Bisky, invité d’honneur de ces créations décalées, qui a conçu la scène et son espace comme une réflexion sur le mal-être et le scepticisme de notre société, bercée par des catastrophes naturelles et une croissance incontrôlable. Témoi ce mini bus calciné, échoué sur le devant de la scène, côté jardin…

 

Alors certes, toutes les représentations sont à guichets fermés, mais tentez tout de même votre chance à l’entrée en vous armant d’une pancarte mentionnant un désespéré : « Ich suche Karten! » Qui ne tente rien n’a rien et le jeu en vaut franchement la chandelle !

 

* le soundtrack de ces trois pièces sera disponible en CD à partir du 10 juin sur Ostgut.de !

 

 

Léa Chalmont-Faedo

 

MASSE

Halle am Berghain
Aussi les 16, 18, 22, 24 et 25 mai | 20h | 27-42€
Staatsballett-berlin.de

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3 réponses à “Masse : le Staatsballett emporte les masses !”

  1. […] (un club, par exemple). Aux danseurs du Staatsballett poussant les portes du Berghain (à relire ici), à la soirée Non classical, véritable nuit de clubbing classique (11.09 au Chalet, cf. page 39 […]

  2. […] doués pour la chorégraphie, comme nous avions pu le constater lors des représentations de Masse au Berghain en 2013. Le directeur de concours de danse Tanzolymp souhaite justement créer du 1er […]

  3. […] doués pour la chorégraphie, comme nous avions pu le constater lors des représentations de Masse au Berghain en 2013. Début juin, 22 participants talentueux ont foulé, pendant 48 heures, les […]

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