Berg, côté symphonique cette fois

Publié le Tuesday 31 March 2015

Après l’opéra, Berg est célébré par un concert symphonique à la Staatsoper, mais ce sont les voix qui l’emportent…

 

staatsoper berlin schiller theater berg

© Patrick Walter

 

Après un décevant Wozzeck et une Lulu moins frustrante les deux soirs précédents, il n’y a rien d’étonnant à ce que la première partie de ce concert symphonique 100 % Berg s’ouvre sur trois grandes œuvres pour voix et orchestre : c’est Thomas Hampson qui prend à sa charge la plus célèbre, ces lieder de jeunesse ultérieurement révisés et orchestrés par Berg : l’œuvre met sa voix bien moins à l’épreuve que le programme Strauss qu’il avait interprété l’été dernier à Salzbourg ; on retrouve donc avec plaisir les qualités de diction qui ont longtemps fait la force de Hampson. Le timbre a perdu en richesse, les couleurs en variété, mais l’ensemble séduit par sa sincérité et sa délicatesse.

 

C’est pourtant Anna Prohaska qui emporte la mise, dans deux œuvres plus représentatives des qualités majeures de Berg, l’air de concert Le vin et les Lieder op. 4, écrites sur les merveilleuses miniatures du très viennois Peter Altenberg, qui a prouvé qu’on peut être à la fois pilier de bistro et grand écrivain. Daniel Barenboim prend grand soin de ne pas couvrir cette voix qui n’est pas immense, avec l’aide de Berg qui évite soigneusement de mêler les passages les plus chargés orchestralement avec la voix – l’alternance étonnante d’explosions sonores et de délicatesse chambriste dans les Altenberg-Lieder crée un écrin poétique pour la voix de la soprano et pour les petits riens d’Altenberg. La simplicité est une qualité primordiale d’Anna Prohaska ; mais le plus admirable est la manière dont, dans des œuvres où tant d’autres semblent accrochées à leur partition, elle semble toute spontanéité, comme si la partition de Berg était une langue entièrement naturelle pour elle. On emploie parfois le mot « diction », à tort, pour décrire simplement la prononciation de tel ou tel chanteur dans la langue que lui impose l’œuvre : il faudrait réserver le mot à la manière dont le chanteur sait faire venir les mots du poète jusqu’à l’oreille de l’auditeur. Et c’est en ce sens qu’Anna Prohaska a une diction admirable, intensément poétique en même temps que pudique.

 

Ce trop court concert (à peine une heure de musique) se terminait par le grand « tube » orchestral de Berg, les pièces op. 6 : comme la veille pour Lulu, Daniel Barenboim y montre son métier plus qu’une inspiration particulièrement originale. Les merveilles de la première partie suffisent de toute façon à rendre le concert mémorable.

 

 

Dominique Adrian

En partenariat avec Resmusica.com
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Sonderkonzert: Alban Berg I
Staatsoper au Schiller Theater
8 mars | 16h
Staatsoper-berlin.de

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