BERLIN FESTIVAL : Moderat, une amitié de jeunesse

Publié le Mercredi 20 août 2014

Après le succès de leur tournée mondiale, les Berlinois de Moderat sont enfin de retour en ville à l’occasion du Berlin Festival ! L’occasion pour nous de ressortir et de publier enfin dans sa version intégrale notre entretien avec deux des trois membres de Moderat, Sebastian Szary et Gernot Bronsert, dont vous avez pu lire des extraits dans le numéro de février de Berlin Poche.

 

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© Olaf Heine

 

Comment est né le projet Moderat ?
Sebastian Szary : Ça a commencé il y a environ 11 ans à Berlin, sur un petit festival consacré aux labels et musiciens berlinois où on jouait en tant que Modeselektor. Sascha (Apparat) était aussi présent et on était fasciné par la manière dont il jouait en live, on aimait sa musique. Je pense que Sascha a également apprécié notre musique. On a remarqué qu’on vivait plutôt près les uns des autres et on a décidé de se revoir. C’est bien sûr une version très comprimée de l’histoire de notre rencontre. On s’est donc revus, on a discuté technique, on a parlé logiciels musicaux et on a commencé à improviser à trois. C’est à cette époque que le nom de Moderat est né, c’était alors encore un nom que l’on ne s’imaginait pas utiliser sérieusement.
Gernot Bronsert : Modeselektor, Apparat, Moderat. C’est ce que l’on pourrait appeler une amitié de jeunesse.

 

Ce n’est pourtant que bien plus tard, en 2009, que votre premier album en tant que Moderat est sorti. Que s’est-il passé entre-temps ?
G.B. : On s’est rencontrés régulièrement, mais sans pour autant produire de la musique sous le nom de Moderat. On a joué ensemble régulièrement, mais en tant que Modeselektor et Apparat. On s’est plutôt concentrés sur nos projets respectifs. Et avec le temps, avec Sascha ca s’est fait assez spontanément, parce que lui aussi ne suit pas la tendance. Il y a ce cliché berlinois de la techno minimale, le Berghain, le Bar25
S.S. : La fête !
G.B.: On a grandi avec la techno. Chaque ville a ses propres racines subculturelles. Londres, c’est axé sur le breakbeat, les Francais aiment la synth…
S.S. : C’est du moins un ancien cliché qui était bien ancré, même si ça s’est estompé avec le temps.
G.B. : Et Berlin, c’était la ville de la techno. Nous, on a toujours préféré penser de manière plus internationale sur le plan des influences.

 

Comment avez-vous commencé la musique ?
G.B. : Chez lui, dans un vieux garage.
S.S. : Au début des années 90, vers 93. C’est l’époque où on a appris à se connaître. On avait même fréquenté la même école plus tôt, mais comme Gernot est un peu plus jeune que moi, on n’y avait pas appris à se connaître. Ce n’est que plus tard que l’on a noué des liens, au début des années 90, donc. Gernot voulait apprendre comment faire de la musique.

 

Vous avez donc toujours joué ensemble, si Gernot a appris la musique avec toi ?
S.S. : Je ne peux répondre que par l’affirmative.
G.B . : Sascha a la même histoire que nous, sauf que lui il n’a pas grandi à Berlin, mais à 200 kilomètres de là. Mais lui aussi a commencé dans un garage, à l’époque où l’on ne se connaissait pas. Nous avons la même histoire, c’est amusant.
S.S. : C’était l’époque des machines fumigènes et des stroboscopes.

 

 

Apparat s’est récemment concentré sur la musique de théâtre alors que Modeselektor courait les festivals. Comment concilier ces deux styles très différents ?
G.B. : Ce qui est intéressant, c’est que Sascha et nous soyons opposés à ce point. Et intéressant, c’est une manière gentille de dire que c’est difficile. Car ce n’est pas facile. Mais on aime ça, c’est un challenge. Cela fait longtemps que l’on fait ça, et on ne l’a jamais fait pour devenir riches. On fait ça parce qu’on aime faire ça, parce que la musique, c’est notre vie. On est très exigeants avec nous-mêmes, et Sascha aussi. Lui est parti dans une sorte de fuite en avant, il a peu à peu abandonné l’usage de l’ordinateur en concert, il fait de la musique pour les théâtres, avec un orchestre, des instruments à cordes, du pathos. Nous, avec Modeselektor, on est devenus un groupe de festival, on joue devant des foules immenses, quelque part entre la rave et le concert. En fait, c’est le mélange parfait. Lui, il peut à nouveau jouer plus fort, et nous, on joue un peu moins fort.

 

Comment avez-vous travaillé ensemble pour concevoir l’album ?
S.S. : On commencait nos journées de travail peu avant midi, parfois à 11 heures, ou même plus tôt, comme on devait de toute façon emmener nos enfants à l’école maternelle. La première chose que l’on fait quand on arrive au studio, c’est d’écouter ce qu’on a fait la veille jusqu’à tard le soir pour voir ce qui est bon. Bien sûr, on ne travaille pas toute la journée, on fait aussi des pauses, par exemple quand on doit rechercher nos enfants à l’école. Les pauses, c’est important. Et le reste du temps, on travaille sur l’une ou l’autre des chansons. Gernot s’occupe surtout de l’ordinateur, je suis assis à côté de lui avec mon casque audio, et je mixe avec lui des éléments sonores que j’ai déjà préparés sur un serveur. Sascha s’est souvent retiré dans le studio voisin pour enregistrer les parties vocales, puis s’est joint à nous après une ou deux heures avec une clé usb contenant ses nouvelles idées et les essayer. Ça pouvait nous prendre trois heures de monter le tout, une fois les vocaux enregistrés. On faisait beaucoup d’allers-retours entre les deux studios.
G.B. : Le fait que Sascha se retirait souvent dans l’autre studio n’était pas lié à l’existence de deux entités, Modeselektor et Apparat. On a vraiment beaucoup travaillé ensemble. Mais pour enregistrer les éléments vocaux, on n’avait pas le choix, d’autant plus que Sascha a seulement commencé à chanter pour Moderat, il fallait qu’il puisse se concentrer. Et si on était restés dans le studio avec lui pendant l’enregistrement, on l’aurait rendu fou ! Ou du moins, moi je l’aurais rendu fou.
S.S. : On a aussi fait des sessions à deux, par exemple Sascha et Gernot ont beaucoup travaillé ensemble, ou Sascha et moi. On est Moderat, on est trois à produire notre musique.

 

Vous parlez de vos enfants, de les emmener à l’école, vous avez de nombreux projets parallèles dont chacun semble être une occupation à temps plein, Moderat, Modeselektor, Apparat… Comment peut-on concilier le tout ?
G.B. : D’une manière ou d’une autre, on y arrive. On a un bureau avec six ou à sept personnes qui s’occupent de rendre le tout possible. On a des vies très organisées, chaque jour est planifié. Et on a fermement décidé de ne pas travailler en tant que Modeselektor et Apparat en ce moment, il faut se concentrer sur un projet à la fois. On peut exceptionnellement jouer un soir sous un autre nom, mais en général, quand on est Moderat, on ne fait que ça.

 

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© Samuel John Butt

 

Le design semble jouer un rôle non négligeable pour vous. Pouvez vous nous parler de la Pfadfinderei, qui s’occupe de votre graphisme ?
S.S. : Comme avec Sascha, notre histoire avec eux est celle d’une longue amitié. Les sept personnes qui travaillent à la Pfadfinderei, on les connaît depuis les années 90, on a même vécu avec certains d’entre eux. On s’est développés en même temps. Ils ont toujours fait du graphisme, puis de l’animation, et nous de la musique. Par hasard, notre ancien studio et leur bureau étaient dans le même immeuble. Du coup, on a pas mal échangé. À la fin des années 90, on a collaboré sur une série d’événements appelés Labland dont le concept était d’associer musique et visuels à parts égales. Parfois ça marchait très bien, parfois non, mais quoi qu’il en soit, on était là toutes les semaines, fidèles au poste, et c’est comme ça que ça a commencé. Avec le temps, ils ont développé un langage visuel qui correspond à notre musique, et on s’est laissé inspirer par leurs images.

 

À en lire vos posts sur internet, vous avez beaucoup souffert lors de la conception de cet album. Était-ce donc pire que d’habitude ?
G.B. : On ne connaît pas autre chose. Ce n’est pas un élément de marketing, c’est la vérité. On n’a pas de formation musicale dans le sens classique du terme, on n’entre pas dans le studio avec une idée bien définie de mélodie, d’intro en tête. On construit la musique comme ça vient, c’est un processus émotionnel. On travaille tous les trois avec nos tripes, spontanément, intuitivement, émotionnellement, c’est éprouvant. Pas à cause des heures passées en studio, ça c’est normal, mais à cause de cette souffrance émotionnelle qui accompagne le processus. On doit en permanence prendre des décisions, faire des compromis. Il faut trouver la voie que l’on veut emprunter. Imaginez trois chefs étoilés qui auraient pour mission de cuire un seul steak. Et chacun doit contribuer au produit final. Le seul moyen que ça marche, c’est de commencer par discuter, et c’est comme ça chez nous aussi. On a énormément discuté, au point que quelquefois, on a eu l’impression d’être dans un groupe de parole. Un peu comme chez les alcooliques anonymes. Mais on n’avait pas d’autre choix. C’est pour cela qu’une chanson de l’album s’appelle « Therapy ».

 

Quatre ans d’attente entre le premier et le second album de Moderat, c’est long. Y aura-t-il une suite à l’aventure ?
G.B. : Oui. On ne sait pas quand, mais cette fois-ci, on n’attendra pas quatre ans. Le projet Moderat, c’est ce qui nous intéresse le plus en ce moment. On a été Modeselektor et Apparat assez longtemps. Je pense qu’on continuera à se concentrer sur Moderat pour un moment. Sascha a déjà dit beaucoup avec Apparat, et nous avec Modeselektor. Cela ne veut pas dire que Modeselektor et Apparat n’existeront plus. Mais il reste encore plus de possibilités pour Moderat, on n’a fait que deux albums jusqu’ici et quand on joue, on remarque qu’on aimerait avoir plus de chansons à jouer. Pour Moderat, il reste encore beaucoup à dire.

 

 

Propos recueillis et traduits par Marie Gutbub.

 

 

Berlin Festival: MODERAT 
7 septembre * 22h * Arena Mainstage
Berlinfestival.de
Moderat.fm

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2 réponses à “BERLIN FESTIVAL : Moderat, une amitié de jeunesse”

  1. […] Lire l’interview intégrale sur BerlinPoche […]

  2. […] à prendre sur place (préventes sold out). Et puis tiens, on vous invite à relire une entrevue avec Moderat parue cet été sur notre […]

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