Endstation, tout le monde descend !

Publié le Lundi 31 août 2015

Ausgabe #74. Endstation. Bitte Alle aussteigen!
Édition n°74. Terminus. Tout le monde descend !

 

Voilà, c’est ici que s’arrête l’aventure. Le numéro estival aura été cette année synonyme de trèèèès longues vacances (pour en savoir plus sur ce numéro collector, c’est ici !). Après quasiment 7 ans de bons (?) et loyaux services, et un total de 74 exotiques stations, notre bus s’arrête net, faute d’essence. C’est un peu triste, mais il faut qu’on vous raconte !

 

Pourquoi mettre un terme à la publication de BERLIN POCHE ? Oh, c’est simple et peu original : nous n’avons plus les moyens de poursuivre notre œuvre. Les moyens, c’est l’argent, bien sûr, ce satané argent qu’il faut aller chercher, sans cesse, sans relâche. Mais c’est aussi notre fougue, notre énergie. L’envie n’est plus la même qu’au lancement il y a sept ans (relisez donc le Qui sommes-nous ?). Le duo directeur a pris quelques années, le fantasme de Berlin s’est dissout, la ville a changé. Les goûts, les attentes ne sont plus les mêmes. Sept années à bourlinguer et à produire, ça use, et le corps, et le cerveau ! Bref, il est temps de passer à autre chose ! Mais on a encore deux ou trois choses à vous dire…

 

kiosques

 

 

Une équation non résolue

 

En nous lançant dans cette aventure, nous savions que nous allions devoir nous confronter à une économie très particulière. Ah, quelle économie compliquée que celle d’un média imprimé ! D’ailleurs, vous qui nous lisez, saviez-vous que BERLIN POCHE était un magazine papier avant tout ?! C’est un peu l’histoire de la quadrature du cercle. Chaque jour, durant les deux dernières saisons notamment, nous avons eu le sentiment que notre notoriété grandissait. Nous recevions plus de messages, davantage de demandes de collaboration, nous multipliions les contacts… Un exemple : nous terminons cette saison 2014-2015 en ayant réalisé un nombre record de partenariats avec de grandes maisons comme le Konzerthaus, mais aussi le Staatsballett, la Staatsoper, le festival Tanz im August, le Martin-Gropius-Bau, la Schaubühne, le Haus der Kulturen der Welt, le géant Trinity Concerts… et tant d’autres !

 

Pourtant, malgré cette visibilité accrue, dans le même temps, les ventes et les revenus publicitaires n’ont pas autant grimpé qu’escompté et le niveau de notre compte en banque est resté à marée basse. En résumé, il s’agissait de faire plus d’efforts, de s’engager davantage… pour toujours si peu de retours. Quel défi, quel immense défi, quel impossible défi que celui de la monétisation de nos efforts !

 

Thibaut

 

À notre sens, et même si ces conclusions ne sont tirées que de notre seule « petite » expérience, il n’y a pas 36 solutions pour faire vivre un média. Nous en voyons au moins trois :

 

– produire un contenu « moyen », mainstream, voire ennuyeux, pour toucher large et attirer les annonceurs ;
– incorporer le média à un réseau d’autres services qui, eux, rapportent (immobiliers, tourisme, petites annonces…) ;
– profiter d’un généreux mécène qui, en échange de voir son investissement disparaître peu à peu, essaiera, trop souvent, de tirer une influence de son média.

 

Nous avons tenté une voie un peu différente, très ciblée, en faisant le pari d’une info originale et de qualité. Mais ce fut, sans surprise, une impasse économique.

 

Des regrets…

 

En 2008, en plein début de la fameuse « crise », nous savions que nous nous lancions dans un projet caduque. Sans argent, sans réseau, et avec une faible expérience professionnelle… Mais l’idée était assumée ! Affronter les éléments, toucher un peu à tout, développer notre réseau, découvrir la ville : tels étaient nos objectifs. Malgré de rapides difficultés, nous n’avons pas voulu céder trop vite et, finalement, notre heureux malheur aura peut-être été de se prendre un peu trop au jeu. L’amour pour le papier rend aveugle.

 

Deux éléments principaux nous ont « plombés ». D’abord, nous avons surestimé le taux de retour envisagé des publics visés. Trop peu de nos cibles se sont intéressées à nous. La faute peut-être au papier, qui fait vieillot. La faute aussi à ces réactions si caractéristiques des publics expatriés. Cette sorte de règle d’or qui prévaut pour beaucoup : « c’est en français donc ça ne m’intéresse pas ». La faute encore, n’ayons pas peur des mots, à un manque de curiosité généralisé. Ou bien, on ne nous a pas compris. Ou bien encore, nous n’avons pas compris. Cet outil souhaitait aider une communauté de gens qui partageait une langue commune. Peut-être aurions-nous dû élargir notre cible en proposant un contenu en allemand, voire dans d’autres langues (l’idée d’un mix de langues latines a germé un moment). Mais cela aurait demandé d’autres investissements encore !

 

bp_potes_cecile

 

Notre autre déception vise les institutions francophones en général et françaises en particulier. Nous avons naïvement pensé que le caractère unique de notre magazine justifierait à lui seul un soutien de structures incontournables à Berlin. Pourtant, nous n’avons entretenu que de trop rares contacts, souvent pas très bons d’ailleurs. On peut parler ici d’un très faible soutien, voire même d’une forme de dédain. D’un point de vue global, nous avons constaté bien trop peu de considération, trop peu d’intérêt… On connaît la rengaine : « vu comme français en Allemagne, pas vraiment traditionnel du côté français », nous étions aussi peu ou prou absents des radars du franco-allemand. Quelle déception !

 

… mais surtout des fiertés

 

Être une petite structure à petits moyens n’interdit pas de travailler avec soin. Nous avons pris beaucoup de plaisir à œuvrer 7 ans durant pour offrir un aperçu des manifestations culturelles à Berlin et raconter quelques histoires berlinoises. C’est avec une certaine fierté que nous avons respecté nos délais et tâché de présenter le support le plus soigné qu’il soit (maquette, infos, style, orthographe). Nous avons pour autre fierté de nous être occupés nous-mêmes de tous les rouages de notre activité (sauf impression) : gestion des annonceurs, des abonnements, distribution, etc. Nous avons appris à gérer une équipe entièrement bénévole avec les avantages et les risques que cela comporte. Nous avons connu les engueulades, les fractures, les amitiés.

 

Nous y avons mis toute notre énergie et tout notre cœur. Si vous n’avez jamais tenté cette forme d’implication, essayez : ça vous fait relativiser beaucoup de choses ! Pour compenser notre usante précarité, nous retiendrons nos rencontres, les contacts avec nos lecteurs et abonnés (coucou le Goethe Institut de Dakar !) ainsi que la formation de toute une équipe rédactionnelle, engagée dans la même fantastique galère ! MERCI À VOUS TOUS QUI NOUS AVEZ CÔTOYÉS ET SOUTENUS, de près ou de loin !

 

On a quand même eu le temps de faire une vidéo bien marrante !

 

Un beau métier, mais une profession de m*** !

 

Nous nous sommes attaché à respecter une certaine éthique de ce métier si maltraité. Le métier de journaliste, ou plus largement, celui d’acteur des médias. Cela se traduit par de petits actes, invisibles pour le lecteur, mais qui reviennent malheureusement trop souvent : ne pas reprendre tel quel un communiqué de presse, ne pas laisser réécrire une entrevue par l’intéressé, ne pas se laisser abuser par un annonceur qui ne souhaite pas payer, ne pas se renier devant un autre annonceur prêt à financer une moitié de votre saison, en échange de voir apparaître ses logos partout.

 

Ne garder que le meilleur

 

À bien y regarder, ces 7 années d’activité relèvent du pur miracle. Plusieurs fois, nous avons craint le pire, comme ce jour où la poste décida de nous renvoyer tous nos envois pour les abonnements, prétextant un Büchersendung non valable. C’était un 29 février 2012. Ce soir-là, la France battait l’Allemagne en match amical de football ! Du pur miracle, donc, car il fallait la volonté et la foi pour repartir. Et un peu de chance, comme lorsqu’un annonceur un peu plus généreux frappe à votre porte juste avant les douze coups de minuit (c’est arrivé plusieurs fois !). Finalement, nos conditions ultra précaires (manque d’argent, équipe entièrement bénévole) auront fini (comme prévu) par nous rattraper.

 

Nous en restons donc là, un peu tristes et amers, avec nos superbes regrets et nos petites colères. Mais retenons le très beau côté des choses. Réaliser un magazine à l’étranger fut une expérience unique pour ouvrir nos réflexions sur le(s) monde(s) qui nous entourent. Ce fut un plaisir que de proposer nos histoires et nos fameuses « places à gagner » à un public prêt à découvrir de nouvelles adresses. Nous avons essayé autant que faire se peut de jouer notre humble rôle de plateforme d’échange. Ce sont toutes ces activités, ces choses vécues, ces personnes rencontrées qui resteront. C’est un couple d’abonnés qui vient nous offrir une bouteille, chez nous, un samedi matin au réveil. Ou le souvenir d’un photo-shooting hilarant avec toute l’équipe. Le reste n’est déjà plus que de l’histoire ancienne !

 

Auf Wiedersehen!

 

 

Léa Chalmont-Faedo et Benoît Faedo

P1060245

 

 

PS1 : le plus simple et le plus logique pour nous est de laisser en veille notre site en ligne et notre page Facebook. Ces pages resteront accessibles mais ne seront plus réactualisées ! Le compte Twitter nous fait marrer, on va peut-être encore le garder en vie :) !

 

PS2 : vous pouvez feuilleter nos archives sur Calaméo !

 

PS3 : nous sommes joignables au moins jusque fin 2015 sur info@berlinpoche.de, si vous avez des questions, des propositions de jobs, des coups de gueule, des mots d’amour ! On prend aussi les chèques restos, le liquide et les bons plats !

 

 

Historique

 

30/09/2008 : lancement du tout premier numéro de BERLIN POCHE, gratuit, au format A6. Soirée au Madame Claude.

30/09/2009 : BERLIN POCHE devient payant… 1€ !

29/10/2011 : soirée moustaches et paillettes au St. Georg

1/02/2013 : BERLIN POCHE change de format et passe au A5. Prix : 2€.

2/02/2013 : soirée karaoké au Wind&Wetter pour fêter le changement de format (+ de photos ici)

1/07/2013 : en plus de près de 70 points de vente, BERLIN POCHE pointe le bout de son nez dans quelques kiosques (Alexanderplatz, Zoologischer Garten, Schönefeld, Tegel, Hauptbahnhof…)

29/03/2014 : soirée des 5 ans (un peu retard) avec masques et marcels au Südblock (+ de photos ici)

31/08/2015 : BERLIN POCHE s’arrête officiellement

 

Et un dernier diaporama pour la route !

 

Partagez cet article

3 réponses à “Endstation, tout le monde descend !”

  1. Thibault Derrien dit :

    Merci à tous! Vous m’avez bien aidé à trouver des trucs cool à faire pendant mes deux années à Berlin. Pour moi qui ne parle pas vraiment l’allemand, c’était une véritable bouteille d’oxygène !

    Bisous !

  2. philippe royer dit :

    Histoire d’albatros ? Mais non…il y a cette belle allégorie …celle du Phoenix…

  3. Tata Nat dit :

    Aurevoir alors et bon voyage là où vous irez !

Laisser un commentaire

  • BERLIN POCHE #74 - JUILLET/AOÛT 2015
  • BERLIN POCHE #73 - JUIN 2015
  • BERLIN POCHE #72 - MAI 2015
  • BERLIN POCHE #71 - AVRIL 2015
  • BERLIN POCHE #70 - MARS 2015
  • BERLIN POCHE #69 - FÉVRIER 2015
  • BERLIN POCHE #68 - DÉC.14/JAN.15
  • BERLIN POCHE #67 - NOVEMBRE 2014
  • BERLIN POCHE #66 - OCTOBRE 2014
  • BERLIN POCHE #65 - SEPTEMBRE 2014
  • BERLIN POCHE #64 - JUILLET/AOÛT 2014
  • BERLIN POCHE #63 - JUIN 2014
  • BERLIN POCHE #62 - MAI 2014
  • BERLIN POCHE #61 - AVRIL 2014
  • BERLIN POCHE #60 - MARS 2014
  • BERLIN POCHE #59 - FÉVRIER 2014
  • BERLIN POCHE #58 - JANVIER 2014
  • BERLIN POCHE #57 - DÉCEMBRE 2013
  • BERLIN POCHE #56 - NOVEMBRE 2013
  • BERLIN POCHE #55 - OCTOBRE 2013
  • BERLIN POCHE #54 - SEPTEMBRE 2013
  • BERLIN POCHE #53 - JUILLET / AOÛT 2013
  • BERLIN POCHE #52 - JUIN 2013
  • BERLIN POCHE #51 - MAI 2013
  • BERLIN POCHE #50 - AVRIL 2013
  • BERLIN POCHE #49 - MARS 2013
  • BERLIN POCHE #48 - FÉV 2013