Fièvres : douce fureur entre père et fils de banlieue

Publié le Sunday 26 July 2015

Après son frère Nabil, c’est au tour de Hicham Ayouch de s’imposer dans le septième art. À la suite de Fissures en 2011, il a réalisé Fièvres en 2013. Le réalisateur franco-marocain nous offre un long-métrage à la fois touchant et plein de vitalité… et de nombreuses fois récompensé : vainqueur du FESPACO, double prix d’interprétation pour Slimane Dazi et Didier Michon (Festival de Marrakech) et prix du meilleur film francophone à la cérémonie des prix lumières.

 

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Sa mère emprisonnée, Benjamin (Didier Michon) n’a nulle part où aller en dehors du foyer de l’assistance sociale. Cet adolescent tumultueux, « bâtard de chez bâtard », décide finalement d’aller vivre chez son père, qu’il n’a jamais vu. Agité, grossier et provocateur, fumant cigarette sur cigarette, il ira même jusqu’à faire mine de brûler le Coran sous les yeux de son grand-père. Il va bouleverser la vie de Karim, son père, et de ses grands parents, chez qui son progéniteur vit encore.

 

Le petit garçon bouillonnant devient alors le pivot d’un film émouvant sur l’errance, où chaque individu reste enfermé dans sa carapace. Si on sent vibrer celle de Benjamin sous l’effet de la colère, la coquille de son père se fait, elle, plus discrète alors qu’elle est encore plus lourde à porter : calcifiée par la culpabilité d’avoir condamné son propre frère à un corps paralysé. Dans ce conte bercé souvent par une ambiance alternant entre ombre et lumière, l’énergie fulgurante des personnages constitue un fil tendu et élastique dont le retour brutal guette toujours. Pour porter cette tension permanente, ce long-métrage dispose d’interprètes d’une qualité vibrante : le jeune Didier Michon s’affirme avec beaucoup de justesse, sous le regard bienveillant de Slimane Dazi, épatant de retenue comme de maladresse.

 

 

L’intrigue se déroule sans temps morts et nous épargne quasiment tous les clichés du film de banlieue. Hicham Ayouch a ainsi tenu, par exemple, à ce que les grands-parents de Benjamin parlent le français sans accent et à introduire dans le récit des protagonistes improbables comme ce poète marginal, sans origine ni avenir, qui devient l’unique ami de l’adolescent.

 

Avec âpreté et douceur (mais non sans humour !), Fièvres révèle les tourments d’un adolescent au sein d’un nid familial qui l’accueille. Il dévoile subtilement la question de l’identité et le malaise de ne savoir trouver sa place dans un environnement pourtant bienveillant. Une vision subtile, moderne et contrastée de cette banlieue parisienne, observée avec poésie. Au lieu d’exposer la violence, la criminalité ou la drogue, le réalisateur préfère oser filmer autre chose, à la presque fin du film : un couple de vieux Maghrébins faisant l’amour. Quoi de plus touchant ?

 

 

Jade Romagnan

 

 

Fièvres de Hicham Ayouch
Freiluftkino Rehberge | 30 juillet | 21h30 | 7€
Projection en VO française avec sous-titres en allemand !

Plus d’informations sur AfricAvenir, sur le site du Freiluftkino Rehberge ou sur Facebook.
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