Frank Turner : entretien avec un rocker optimiste

Publié le Thursday 6 August 2015

Après six albums, quelques désenchantements et un parcours tumultueux, le rocker Frank Turner entame une tournée européenne de deux ans. Nous l’avons rencontré à Berlin pour la promotion de son nouvel album, Positive Songs For Negative People. C’est avec un accent londonien à couper au couteau qu’il avoue : « I’m surviving with coffee and cigarette today. »

 

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BERLIN POCHE : Vous affirmiez avoir perdu la joie que vous aviez lors de vos premiers albums. Qu’en est-il de celui-ci ?

Frank Turner : J’ai définitivement retrouvé ce sentiment. Il y a eu un moment dans ma vie  la musique ne me faisait plus autant rêver. Tout le monde a des moments comme ça, non ? Mais tout ce dont j’avais besoin était de retrouver mon groupe et de me souvenir à quel point c’est jouissif de faire de la musique ensemble. J’ai aussi découvert de nouveaux artistes comme Two Cars Garage, par exemple, qui font du rock simple sans artifice. À cause des difficultés de l’album précédent (N.D.L.R., Tape Duck Heart), je voulais revenir avec celui-ci comme une claque dans la figure. Toutes les chansons sont construites de manière assez simple, avec un rythme plus soutenu, car j’ai remarqué que j’avais la mauvaise habitude de démarrer mes chansons lentement.

 

La dernière chanson de l’album, “Song for Josh”, fait référence à un ami qui a mis fin à sa vie. À quel point était-il important pour vous qu’elle soit la dernière de cet opus ?

Très important. Je pense qu’un disque se construit comme un livre avec un début et une fin. La place de “Song for Josh” est inévitablement à la fin, cela serait vraiment étrange qu’elle soit suivie par une autre.

 

La chanson “The Next Storm” a-t-elle une signification particulière pour vous ?

L’image que j’ai eue en tête lors de l’écriture de cet album est celle d’un trou noir. J’ai essayé de l’illustrer en musique et “The Next Storm” est née. L’idée m’est venue en voyant une petite ville dans le Kansas. Une tempête arrive à l’horizon et détruit tout. Puis, le soleil refait son apparition. D’un côté, tout a été démoli, ta maison, tes objets, mais tu es toujours en vie : c’est ce genre d’optimisme dont je voulais parler.

 

 

Le producteur de votre album, Butch Walker, qui a travaillé entre autres avec Pink, Katy Perry, Taylor Swift…, a-t-il immédiatement compris ce que vous attendiez de lui ?

Oui. Ma maison de disque a contacté pas mal de producteurs mais je n’ai pas trouvé la personne qui comprenait réellement ce que je voulais faire. J’avais besoin d’établir une relation de confiance. Je suis arrivé à un point où on n’avait personne…

 

À ce moment-là, est-ce que vous avez pensé à autoproduire votre album ?

J’ai fait cette suggestion, oui, mais la maison de disque n’était pas trop partante. Enfin… je suis libre de faire ce que je veux, mais quand on travaille avec un label depuis plusieurs années, il faut savoir être un peu diplomate. Dès fois, ça relève un peu plus de la politique ! J’ai écouté beaucoup de disques et je connaissais Butch en tant que songwriter seulement. J’ai tous ses albums et j’adore ce qu’il fait. J’ai été un peu surpris d’apprendre qu’il produisait des artistes mainstream. Le label a trouvé que c’était une bonne idée mais trop chère. Je suis donc allé sur Facebook et je suis entré en contact avec des gens susceptibles de le connaître. Quand je l’ai rencontré, il m’a dit qu’il avait aimé les disques précédents et a immédiatement compris l’idée du disque. J’ai su que je n’avais pas besoin de chercher ailleurs. On a enregistré le disque en neuf jours seulement à Nashville.

 

Pourquoi cet album est-il si spécial pour vous ?

C’est la meilleure chose que j’ai faite dans ma vie.

 

frank turner Positive Songs For Negative People album cover

 

Le meilleur album ?

Je pense réellement que c’est le meilleur album que j’ai fait jusqu’à présent. D’un certain côté, je ne devrais pas dire ça maintenant et plutôt être en train de travailler…

 

Vous venez d’une grande famille londonienne et avez étudiez au Eton College au même moment que le Prince William. Prendre un chemin artistique et voyager, c’est le moyen que vous avez trouvé pour vous défaire de ce milieu ?

J’ai eu une éducation fantastique et j’en suis vraiment reconnaissant. C’était un peu un coup de chance de rentrer si jeune au Eton College. Personne ne croyait que j’allais être reçu à l’examen… moi inclus! Une fois accepté au collège, je ne savais pas trop ce qui m’attendait. Je n’avais que 12 ans et soudainement j’ai été entouré de gosses de riches… mais bon, bien éduqués quand même (rires) ! Au milieu de ma scolarité, j’ai eu une période un peu punk rock et la musique m’a vraiment sauvé. À l’école, j’ai commencé à m’intéresser aux figures du rock. L’établissement n’était pas loin de Londres en train, j’allais souvent a des concerts puis revenais en cours sans jamais m’être fait prendre par les professeurs. J’ai fait ça pendant assez longtemps. J’ai toujours voulu faire de la musique et mon éducation m’a incité à être curieux et à faire les choses que je souhaitais. Sinon, je voulais devenir paléontologue plus petit !

 

D’où vient le titre de l’album : Positive Songs For Negative People ?

D’une longue nuit  alcoolisée avec un ami… C’était avant d’avoir commencé à écrire, on parlait de ma carrière et j’essayais de lui expliquer ce que je cherchais à expliquer avec ma musique. La vie est dure parfois mais je ne voulais pas écrire de chansons sur “la vie est dure et on ne peut rien faire”. L’expression “Positive songs for negative people” est sortie de ma bouche et j’ai dit à mon ami : “Note ça sur un bout de papier !” Voilà le début de l’histoire !
 

 

Cet album ressemble à la fin d’un long voyage…
C’est très intéressant comme critique et j’apprécie car c’est le sentiment que j’ai eu une fois l’enregistrement fini. Je ressens cette fin de voyage un peu comme le fin de la phase 1 d’une cassette.

Votre quatrième chanson est un peu country, non ? Est-ce que vous avez des idées pour votre prochain album ?
Un peu country, oui… j’adore ce genre de musique ! Ce n’est pas aussi superficiel que l’on croit. Juste après l’album, j’ai écouté plein d’enregistrements de country… Peut-être que mon prochain album sera country, justement (rires) ! En tout cas ce sera un projet différent de ce que j’ai pu faire jusqu’à présent.

 

 

Propos recueillis et traduits par Nastasia Beausejour

 

 

Frank Turner – Positive Songs For Negative People

Sortie le 7 août 2015 chez Xtra Mile Recordings

Frank-turner.com

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