L’amitié, l’amour et… la danse

Publié le Lundi 6 octobre 2014

Durch Gärten Tanzen, tel est le titre du film de la danseuse et cinéaste Oxana Chi et de la réalisatrice Layla Zami. À la fois trace d’une recherche chorégraphique contemporaine et portrait d’une grande danseuse du passé, Tatjana Barbakoff, le long-métrage porte avant tout sur le témoignage de l’amitié mouvementée et émouvante qui s’est tissée entre Oxana, Layla et Tatjana, à travers les temps et les jardins de la danse et du souvenir. Berlin Poche a rencontré les deux artistes.

 

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© Lichi

 

Dans quelle mesure votre film parle-t-il de l’amitié ?
Oxana : Notre film parle d’amour : l’amour de la danse, l’amour de l’art, l’amour de la musique et l’amour de la vie et de la persévérance.

 

Layla, te souviens-tu de la première fois que tu as vu Oxana danser ?
Layla : Oui, bien sûr, c’est un souvenir inoubliable ! C’est d’ailleurs ainsi que nous avons fait connaissance, lors de son spectacle À travers les jardins (Durch Gärten) en 2009 à Berlin. Oxana organisait à l’époque la TANZnews à la Werkstatt der Kulturen, un rendez-vous mensuel présentant des chorégraphes basé(e)s à Berlin. J’ai été très émue par ce spectacle, la fluidité des mouvements, le charisme et l’expressivité d’Oxana, la chorégraphie inédite mêlant des influences aussi diverses que le ballet, les arts martiaux et la danse javanaise. Et bien sûr j’ai été touchée par la façon dont Oxana met en scène la vie de Tatjana Barbakoff. À l’époque j’étais à mille lieux d’imaginer que j’allais l’accompagner sur les pas de Tatjana un an plus tard. Nous avons débuté le tournage en 2010 avec le Prix Envie d’Agir (Ministère français de la jeunesse) qui m’a permis de la filmer au festival SIPA en Indonésie.

 

Qu’est-ce qui rapproche le travail de la cinéaste de l’activité d’une danseuse-chorégraphe ? Quel est le lien entre le cinéma et la danse ?
Oxana : Le mouvement. Réussir à raconter une histoire avec des images mises en mouvement. Pour moi, la danse et le cinéma sont des arts qui ont beaucoup d’affinités, comme deux sœurs.
Layla : L’émotion de l’instant qui passe. Ce n’est pas une évidence de lier le cinéma et la danse mais ce sont deux arts dans lequels la texture du temps joue un rôle vital.

 

Durch Gaerten Tanzen_copyright

© Layla Zami

 

Le cinéma est-il un moyen de documentation et d’archivage ou plutôt un art du présent ?
Layla : Notre film est à la fois un documentaire sur la danseuse Tatjana Barbakoff, muse des années 1920s/30, et un portrait du processus chorégraphique contemporain d’Oxana. Danser le passé au présent, voici ce que nous donnons à voir.

 

Oxana, comment as-tu vécu la première rencontre avec Layl, et celle avec Tatjana Barbakoff ?
Oxana : J’ai fait connaissance avec le personnage de Tatjana en 2007, qui a inspiré mon spectacle À travers les jardins. Lorsque j’ai produit le spectacle, dont les premières représentations ont eu lieu à Berlin en 2008, j’avais déjà en tête l’idée d’un film à ce sujet. Je suis une artiste transdisciplinaire, j’utilise plusieurs moyens d’expression qui tournent tous en orbite autour d’un d’un centre qui est aussi mon cœur : la danse. Je danse depuis toujours, et je suis cinéaste depuis 1995. Mais quand je suis sur scène, je ne peux pas me filmer moi-même… ainsi j’étais ravie de rencontrer Layla qui m’a tout de suite fait part de son enthousiasme pour ma danse. Et surtout j’ai senti que Layla a une sensibilité indispensable pour m’accompagner. Tatjana a produit ses chorégraphies en Allemagne et en France, par conséquent, j’avais besoin de quelqu’un qui a un éventail culturel dépassant les frontières allemandes.

 

Reconstruire, réanimer, reprendre, retoucher – que fais-tu de l’héritage dansé et dansant de Tatjana Barbakoff ?
Oxana : Tatjana Barbakoff est la première personnalité berlinoise avec laquelle j’ai pu m’identifier dans l’histoire de la danse. Mais c’est par les beaux-arts que je l’ai découverte – une découverte que je raconte dans le film, à ne pas rater donc (rires).

 

 

La danse contemporaine devrait-elle s’intéresser davantage à l’histoire ?
Layla : Oui, absolument. Mais surtout aux histoires au pluriel. Et la danse contemporaine peut montrer ce qu’il y a entre les lignes, transformer des absences en présences vivantes sur scène. En Europe, il y a un paradoxe : on puise continuellement dans l’immense legs des cultures venues d’ailleurs et on ignore les artistes qui sont à l’origine de ce legs.
Oxana : La danse devrait redécouvrir l’Histoire et les histoires. J’irais même plus loin, la danse devrait écrire l’Histoire. Ce serait très enrichissant pour toute l’historiographie culturelle, si on donnait plus de place aux arts du spectacle. Et comme pour une exposition, j’aime contextualiser mes spectacles par une introduction verbale, une sorte d’échauffement pour le public.

 

Que se passe-t-il dans ton corps de danseuse quand tu montes sur scène pour / à la mémoire de / avec Barbakoff ?
Oxana : Je me transforme progressivement en Tatjana Barbakoff. Je ressens intensément les émotions d’une danseuse des années 1920/30, l’époque à laquelle elle vivait. Comme je me sens très liée à Tatjana, j’ai la possibilité de passer de la personnalité d’Oxana qui rend mémoire à Tatjana, au personnage de Tatjana qui danse au 21e siècle.

 

Quel rôle l’aspect du toucher (au sens propre et sens figuré) joue-t-il dans votre projet ?
Oxana : J’ai fait mes débuts cinématographiques en Super 8, et comme j’apprécie beaucoup l’aspect tactile du film sur pellicule (découper, coller des morceaux, etc.), le côté manuel et artisanal, j’ai resorti la caméra pour quelques scènes de ce projet, pour filmer certaines impressions particulières. Et nous espérons aussi toucher beaucoup de gens avec ce film qui retrace le destin d’une artiste qui était adulée du public et de beaucoup d’artistes célèbres.

 

Y a-t-il des rencontres dans la vie qui changent tout ?
Layla : Je ne crois pas au hasard. Multiples sont les chemins qui se présentent à nous dans la vie et certains se rejoignent. Si je fais un flash-back sept en ans en arrière avant mon arrivée à Berlin : j’étais alors collaboratrice parlementaire de Christiane Taubira, nous avons assisté ensemble à la Carte blanche de Toni Morrison au cinéma du Louvre. Et j’ai ressenti que je ne voulais pas être toujours assise dans le public, mais créer moi-même. Ma vie a beaucoup changé à Berlin, et grâce à Oxana me voici à l’aube de la première de notre merveilleux film.

 

 

Propos recueillis par Laura Strack.

 

 

Première du Film Durch Gärten Tanzen (Danser à travers les jardins)
Ehemaliger Kinoraum der Filmbühne am Steinplatz (Hardenbergstr. 12)
12 octobre | 17h
VO allemand. En présence des réalisatrices et de l’actrice Eva Dorothea Schöngut.
Réservations : lichiverein@yahoo.de

 

Spectacle Durch Gärten (À travers les jardins)
Hoftheater Kreuzberg (Naunynstr. 63)
7 et 8 novembre *  20h
Réservations : lichiverein@yahoo.de

 

Oxanachi.de

Laylazami.net

 

Gagnez 1×2 places pour les 12.10 et 7.11 en nous écrivant sur Spiel@berlinpoche.de !

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  1. […] film dans notre numéro d’octobre, ainsi qu’une entrevue avec Oxana Chi et Layla Zami sur notre site web ! VO allemand. En présence des réalisatrices et de l’actrice Eva Dorothea […]

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