Les règles de feu de Sophie Hunger

Publié le Vendredi 29 novembre 2013

C’est toujours la même chose : un artiste que l’on apprécie annonce la sortie d’un documentaire. On s’y rend, le cœur battant, le film commence, et petit à petit, on se rend compte que l’on perd son temps. Mardi dernier, la première du film The Rules of Fire consacré à Sophie Hunger n’apportait rien d’autre que la connaissance qu’elle aussi a désormais cédé à la tentation narcissique du documentaire musical.

 

Rules of fire sophie hunger

 

Pour quelle raison Sophie Hunger pourrait-elle être envoyée en prison ? La question est absurde et reste sans réponse. Elle est à l’image du film dont elle est tirée, The Rules of Fire. Sujet du film : Sophie Hunger. Thèse, dramaturgie ou autre fil conducteur : le néant.

 

La salle du Heimathafen Neukölln était pleine pour la présentation du documentaire du réalisateur français Jeremiah. Devant un public tressaillant d’impatience, le film s’est ouvert sur l’énonciation par Sophie Hunger d’une dizaine de règles plus ou moins loufoques, les dix commandements de Sophie Hunger : les « Rules of Fire » qui donnent leur nom au film. S’ensuit une plongée dans les coulisses, entrecoupée par diverses scènes de concerts. La caméra est nerveuse, souvent portée à la main, le grain apparent, et les couleurs, souvent saturées. On passe d’un format d’image à l’autre, de la couleur au noir et blanc. Un entretien succède à une scène dans les coulisses, puis on se retrouve en plein shooting photo, avant de visionner les réponses d’inconnus à des questions dont l’énoncé laisse perplexe. Sophie Hunger chante, fait de la balançoire et s’amuse avec ses musiciens. Au début, on a un peu le tournis, puis on s’endort : tout cela n’a apparemment aucun sens.

 

Pourquoi ce documentaire ? Probablement pour soutenir la sortie de son album live, également intitulé The Rules of Fire (voir notre critique dans le numéro de décembre de Berlin Poche !). Mais ce n’est pas une raison suffisante pour faire un film. Et ni le réalisateur, ni la chanteuse ne semblent avoir quoi que ce soit à communiquer au spectateur – les quelques phrases de Sophie Hunger qui se veulent un peu plus profondes tombent à plat. On la trouverait même un peu naïve.

 

Cette naïveté, une certaine fraîcheur, c’est probablement la seule chose que l’on retiendra de ce film. Mais si l’on veut bien croire au manque de spiritualité de la chanteuse, ses attitudes de jeune fille fraîche que le succès ne change pas semblent forcées. De scène en scène, on se sent trompé : la caméra ne sait pas se faire oublier et tout semble n’être qu’une succession de poses destinées à offrir à Sophie Hunger une réputation de jeune chanteuse sincère, sympathique et humble.

 

 

Sa réputation n’est pourtant plus à faire : la chanteuse d’origine suisse a su, depuis plusieurs années, s’imposer dans la scène des auteurs-compositeurs folk-pop. Albums, concerts : tout semble lui réussir. Dès lors, on est en droit de se demander pourquoi, comme d’ailleurs nombre d’autres chanteurs, elle cède à la tentation narcissique de laisser tourner un documentaire sur… Sur quoi d’ailleurs ? Car c’est bien là le problème : à la fin, on n’a pas l’impression d’en savoir plus sur elle, ou sur sa musique, ou sur quoi que ce soit d’autre. Peut-être n’y a-t-il tout simplement rien à apprendre : Sophie Hunger est une chanteuse, donc elle chante. Et en dehors de cela, elle est une personne normale. Rien à signaler.

 

C’est toujours la même chose : on apprécie un artiste, l’artiste annonce la sortie d’un documentaire. On s’y rend, le cœur battant sans trop savoir pourquoi, le film commence, on est heureux. Et puis, petit à petit, on se rend compte que les images que l’on visionne sont plutôt médiocres, que le contenu est pauvre, bref, que l’on perd son temps.

 

Lorsque la star de l’événement est – enfin ! – montée sur scène, une partie non négligeable du public affichait une mine blasée. À cette heure avancée, la soirée semblait bien mal partie. Mais c’était oublier pourquoi on était là au départ : Sophie Hunger n’est pas (re)connue pour rien. Si le film avait accompli le tour de force de faire oublier le talent de la jeune chanteuse, elle a su – aux côtés de son groupe, magistral – rétablir les choses. Chant, piano, guitare, français, anglais, allemand, suisse alémanique : elle maîtrise tout, ou presque (petit bémol : le massacre de Le Vent nous portera de Noir Désir n’aurait pas été nécessaire). Au point de réussir à rallumer, dans les yeux des spectateurs, la flamme que le film avait éteinte. Et de prouver que non, vraiment, ce documentaire, elle n’en avait pas besoin.

Marie Gutbub

Sophie Hunger: The Rules of Fire

Présentation du documentaire et mini-concert le 18 novembre dernier au Heimathafen Neukölln.

 

Le film The Rules of Fire est disponible dans le coffret en édition limitée de The Rules of Fire, 2CD + 1 DVD, disponible en pré-commande sur le site de Sophie Hunger.

 

L’album sort le 6 décembre.

 

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Une réponse à “Les règles de feu de Sophie Hunger”

  1. […] plutôt médiocres, que le contenu est pauvre, bref, que l’on perd son temps.   À lire sur BerlinPoche. […]

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