L’Identité Nationale : c’est quoi, être Français ?

Publié le Mardi 16 avril 2013

© David Delaporte

 

 

À l’occasion de la sortie en DVD du documentaire L’Identité Nationale et de sa première diffusion à Berlin le 21 avril au Hackesche Höfe Kino, nous avons pu rencontrer la réalisatrice Valérie Osouf. À travers des témoignages rares d’anciens détenus étrangers et des analyses de professionnels de la justice ainsi que de chercheurs, ce film nous interroge sur les fondements de l’identité française.

 

Pourquoi avoir réalisé ce documentaire ? Quelles étaient vos motivations ?

Je travaille sur l’histoire coloniale française, ses échos contemporains et les conséquences de notre passé colonial. Le premier film que j’ai réalisé portait déjà sur des personnes qui avaient été expulsées de France. C’est donc une thématique à laquelle je suis sensible.

 

Quand avez-vous débuté votre enquête ? Comment avez-vous procédé pour mener cette recherche ?

J’ai commencé le documentaire en 2010. Au départ, c’est la Cimade (Comité inter mouvements auprès des évacués, ndlr), organisation qui s’occupe de l’accès aux droits pour les étrangers, qui m’a contactée. Elle souhaitait que je réalise un court film pour leur site internet. Je me suis rapidement dit que six minutes sur internet, ça n’avait aucun sens. Il y a donc eu une deuxième phase de tournage. Je me suis dit que cela ne suffisait toujours pas et que je devais mettre les propos en perspective parce que finalement cette situation particulière des condamnés à la double peine nous révèle nos propres institutions. J’ai eu envie de creuser davantage et c’est à ce moment-là qu’on a fait l’entretien avec le philosophe, l’historien, l’ancienne présidente du syndicat de la magistrature et un économiste. Le film s’est donc fait en trois phases de tournage sur une année environ. Ensuite le montage a été très long.

 

© Michel Semeniako

 

 

A-t-il été facile de trouver des personnes acceptant de témoigner ?

À la base, je n’étais pas partie pour interviewer uniquement des hommes ou des personnes originaires du continent africain. En fait tous les témoins m’ont été introduits par la commission prison de la Cimade. Je souhaitais également recueillir le témoignage de femmes mais le problème c’est que la majeure partie d’entre elles sont en prison. Pour la plupart, il s’agit de femmes qui sont arrivées il y a très peu de temps en France. Comme elles ne peuvent attester d’aucune attache, elles sont expulsées immédiatement. Ce n’était donc pas possible de les rencontrer après leur incarcération. Après, j’aurai bien aimé rencontrer des Roumains par exemple, des personnes blanches victimes de la double peine, mais les associations que j’ai contacté ont refusé. Mais le plus difficile, c’est la réalisation des entretiens car il faut arriver à être à la fois dans une position d’empathie sans être dans une position naïve.

 

Pourquoi avoir fait le choix d’interroger des détenus étrangers sortant de prison plutôt que des prisonniers ?

Je n’avais pas du tout envie de faire un film voyeuriste. Il me semble que quelqu’un qui est sorti de prison a un autre niveau de parole, c’est une personne qui est déjà dans un processus de réflexion par rapport à son parcours, il a autant besoin de parler que moi j’ai besoin de l’écouter.

 

© Michel Semeniako

 

 

Retenez-vous un témoignage en particulier ?

L’entretien avec la magistrate. C’est vraiment très intéressant puisqu’on s’interroge sur les fondements du rôle de l’appareil judiciaire. Et puis une femme qui a été magistrate pendant 40 ans, qui n’a jamais prononcé une interdiction de territoire, rien que ça, ça m’épate, parce que politiquement, ça a un sens ! Après au niveau des témoins, tous ceux qui sont dans le film pour des raisons très différentes m’ont marquée.

 

Durant votre enquête, avez-vous rencontré des difficultés auprès du gouvernement français ou dans la recherche d’informations et des droits de diffusion ?

Les difficultés que j’ai rencontrées sont très simples : mon film précédent, je l’avais fait pour la télévision et  je n’ai pas pu le vendre. Ce n’est pas une difficulté objective car on a le droit de s’exprimer en France. En revanche, mon propos ne sera pas diffusé ou il le sera gratuitement. Pour la télévision, les sujets « prisonniers » et « étrangers » cumulés, ce n’est pas vendeur. D’autre part, les temps de parole sont très longs dans le film et il n’y a plus ce temps-là à la télévision. J’ai entendu dire que mon film était militant alors que moi, il me semble qu’on déplie très simplement et posément des arguments sans s’énerver.

 

Quel est votre avis personnel sur les lois d’immigration et la notion d’identité nationale en France ? Pensez-vous qu’avec le changement de majorité un renouveau est possible ?

Il faut reconnaître qu’il y a eu récemment deux modifications importantes. La première, c’est qu’on a aboli les gardes à vue. L’autre réforme rend impossible l’incarcération d’une personne uniquement pour défaut de papier. Ces remarques mises à part, on constate qu’il y a eu plus d’expulsions en 2012 qu’en 2011 et davantage de démantèlements de camps de roms. Le droit de vote des immigrés aux élections locales n’est également plus dans l’agenda politique. Ce gouvernement, exception faite de la Ministre de la Justice, Christine Taubira, ne montre aucun courage politique en ce qui concerne l’immigration.

 

Pauline Mercier

 

L’Identité Nationale 
Dimanche 21 avril | Hackesche Höfe Kino | 17h | 7-7,50€ (en VOST anglais)

Présenté par l’organisation non-gouvernementale AfricAvenir International.
2×2 places à gagner sur Spiel@berlinpoche.de

 

 

Bande-annonce :

 

Plus d’infos :

Lidentitenationalelefilm.wordpress.com

La page Facebook du film

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