Mise en scène d’un départ

Publié le Monday 13 April 2015

Margot, née en 1933 dans la région du Saxe-Anhalt en Allemagne, est arrivée à un âge où l’état de son corps ne représente plus ce qu’elle est. Margot ne peut accepter ses handicaps, ses douleurs, sa dégénérescence et pourtant, Margot, la protagoniste de cette adaptation des Revenants d’Ibsen est une très belle femme, souriante. Elle rayonne même.

 

markus & markus gespenster ibsen

© komun.ch

 

Lorsque la pièce débute, le calendrier qui est disposé sur un chevalet nous indique que nous sommes le 1er avril 2014. Margot prévoit de mourir en Suisse accompagnée par Eternal Spirit, médicalement assistée le 1er mai 2014. Il reste un mois donc, durant lequel les membres du collectif Markus&Markus vont l’accompagner au quotidien : des promenades dans les parcs, des repas partagés, des tables que l’on dresse et redresse, et une confiance qui grandit jusqu’au point d’avoir les clés de l’appartement.

 

Sur un grand écran en fond de scène, des images qui documentent ce temps passé avec Margot défilent. Elle est au centre, elle qui rappelle le personnage d’Osvald dans Les Revenants, qui demande à sa mère de l’aider à mourir. Face au public, Markus Schäfer et Markus Wenzel mettent en scène, petit à petit, un univers qui rappelle Margot, tout comme elle s’est mise en scène face à la caméra qui l’accompagna pendant un mois. Ses motifs préférés sont là, les bouquets de marguerites, les peluches, mais le temps passe, la tension monte et sur scène, les lapins de Pâques se démultiplient et le mousseux est bu jusqu’à l’écœurement.

 

 

En se jouant des symboles qui entourent la mort, le duo de performers crée des images décalées, absurdes ou dérangeantes. Alors que l’on apprend quelques anecdotes poignantes au sujet de Margot, alors qu’elle sourit sur l’écran, les deux performers se déguisent, en faucheuse ou en Ghostbusters, et dansent maladroitement comme s’ils ne trouvaient rien d’autre que ces clichés pour réagir face au deuil. Une mort pourtant bien réelle puisque Margot ira jusqu’au bout de sa démarche sans faillir.

 

Sous une forme d’épopée pathétique contemporaine et d’hommage sincère à Margot, le collectif Markus&Markus s’empare du réel d’une façon saisissante. Quelle attitude avons-nous dans notre société occidentale face à la mort ? Avons-nous, ne serait-ce que des rituels, qui nous permettent de mieux appréhender et accepter la mort ? Comment se positionner face au désir ferme de mourir ? Markus&Markus font ouvertement part des questionnements que ce processus et cette rencontre ont déclenchés.

 

markus & markus gespenster ibsen

© komun.ch

 

Beaucoup seront sans doute dérangés par la radicalité de la démarche et choqués par la caméra qui continue de tourner durant les tous derniers instants de vie. Mais ce qui transparaît d’Ibsen: Gespenster, c’est une force explosive qui a la capacité de nous arracher de notre quotidien avec violence. Sans doute avec la brutalité nécessaire qui fait tomber les masques d’une réalité de façade, dans laquelle nous nous enfermons volontiers et qui nous conduit entre autres à ignorer « nos vieux », leurs souffrances et la mort, qu’ils souhaitent parfois.

 

Ibsen: Gespenster est le second volet d’une trilogie consacrée à Ibsen et à des protagonistes contemporains en marge de la société mais bien réels. Le dernier volet, qui sera mis en scène cet été, est une adaptation de la pièce Peer Gynt, avec pour protagoniste un malade atteint de démence.

 

 

Marie Urban

 

 

Ibsen: Gespenster / Markus&Markus
Sophiensaele
7 et 8 avril | 20h30 | 8-13€
Sophiensaele.com
Markusundmarkus.at

 

La mise en scène du Teil III: Peer Gynt aura lieu le 3 septembre !

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