Swan Lake in Mohiniyattam, ce dimanche au Radialsystem V

Publié le Lundi 4 mars 2013

© Avinash Pasricha

 

Oui, c’est l’année des 100 ans du Sacre du Printemps de Stravinsky. Cependant, plus ancien et pas mal en vogue aussi, le Lac des Cygnes de Tchaïkovski se retrouve sur les planches de plusieurs théâtres en versions revisitées, modernisées (voir BP n°48 et cet article ici). En 2005, la chorégraphe indienne Vijayalakshmi crée Swan Lake in Mohiniyattam, une subtile liaison entre le ballet classique et la danse traditionnelle du sud de l’Inde.

 

BP : Le Lac des Cygnes ne cesse d’être retouché ces dernière temps : Dada Masilo l’africanise, Fredrik Rydman le hip-hopise… Comment expliquer cette attirance envers la partition de Tchaïkovski ?
V : La musique obsédante du Lac, l’effet inoubliable causé par l’oeuvre que le hasard m’avait permis de voir en 1987 durant une tournée en URSS, ont abouti à une de mes chorégraphies les plus audacieuses et satisfaisantes jusqu’à présent. Le contenu, la structure, la tonalité et autres détails lui donnent une richesse inhabituelle et sa complexité et même ses aspects lyriques la rendent extraordinaire. Tchaïkovski a réussi une structure musicale qui souligne les chapitres narratifs de façon évidente. La musique, riche et forte, révèle une qualité extrêmement dramatique, d’une grande expressivité évocatrice similaire au bhava, qui rappelle l’élément dramatique des danses traditionnelles du Kerala.

 

Les réinterprétations allient une partition classique à la danse contemporaine. Vous l’alliez à une autre danse classique, le traditionnel Mohiniyattam du sud de l’Inde. Pourquoi ?
La première de Swan Lake in Mohiniyattam a eu lieu à Delhi en avril 2005. Travailler sur ce concept m’a inspirée du fait de l’affinité naturelle entre le ballet classique occidental et le Mohiniyattam. C’était merveilleux de découvrir qu’une forme de danse si lyrique et dramatique que le Mohiniyattam complétait et soulignait si naturellement l’intensité dramatique de la musique de Tchaïkovski.

 

© Avinash Pasricha

 

Quelles sont les similarités entre la danse classique occidentale et le Mohiniyattam ?
La similarité est frappante en terme de technique et de costumes blancs, évocateurs de l’esprit féminin. Les mouvements langoureux du danseur classique occidental peuvent être assimilés aux mouvements doux et gracieux du Mohiniyattam. L’histoire aussi se prête très bien à l’épopée indienne : l’héroïne ou la nayika et son amant, leur rencontre, suivie de leur séparation due à un ensorcellement maléfique, finalement leur réunion, le rôle des amis et autres parallèles.

 

Pourquoi est-ce important selon vous de sauvegarder la tradition du Mohiniyattam ? Comment y êtes-vous parvenue ?
Par ma mère et maître spirituel, Bharati Shivaji, est à l’origine de la renaissance et de la rénovation de cette danse sublime. Quand ma mère commença le Mohiniyattam, la danse dans sa forme était limitée, avec peu de gestes, sans innovation, ni créativité notable. Elle en a recherché les racines et l’a restructurée en partant de son origine et en développant une approche méthodologique fondée. Elle a ajouté d’autres paramètres revalorisant l’esprit inhérent au Mohiniyattam, son contenu et sa forme. Pour nous, le Mohiniyattam est plus une forme de vie qu’une profession. La danse classique indienne, en général, est une discipline de l’esprit et du corps. Il s’agit d’une philosophie à pratiquer, expérimenter et interpréter durant toute une vie. C’est un continuum ininterrompu, une partie de notre inconscient, un certain état d’esprit. Je pense que la tradition est très importante, mais aussi qu’un artiste doit rester en lien avec son époque, innover sans perdre de vue l’essence de l’art. La tradition devrait être redécouverte, revue et réinventée. Notre épopée peut être rafraîchie pour savoir s’adapter à l’actualité sans trop dévier de la tradition. En tant qu’artistes, nous devons continuellement créer et soutenir l’intérêt du public pour que chacun puisse à tout moment aller le plus loin possible.

 

© Avinash Pasricha

 

Est-il vrai que le cygne est un animal important dans l’art indien ?
Hamsa ou le cygne est le moyen de transport de la déesse hindou Saraswathi, la déesse du savoir, de l’apprentissage et de l’art. La couleur blanche du cygne est également symbole de féminité et de pureté. Son rôle est souvent utilisé dans la tradition de la danse de Kerala.

 

Comment la pièce a-t-elle été accueillie en Russie ?
La production a été vraiment aboutie quand j’ai eu le rare honneur de présenter Swan Lake in Mohiniyattam au prestigieux théâtre du Bolchoï à Moscou et au Conservatoire de Saint Pétersbourg, où Tchaïkovski a étudié. La réaction à un spectacle qui rompt avec les stéréotypes a été encourageante, nous avons été ovationnés à tel point que nous avons été invités à revenir présenter Swan Lake à Moscou, Saint Pétersbourg et Novossibirsk. Nous y retournons après la tournée en Allemagne.

 

Entrevue réalisée par Florence Freitag

Swan Lake in Mohiniyattam

Dimanche 10 mars * Radialsystem V * 20h * 14-22€

Plus d’infos ici

Le site en ligne de Vijayalakshmi

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Une réponse à “Swan Lake in Mohiniyattam, ce dimanche au Radialsystem V”

  1. […] la représentation de Swan Lake in Mohiniyattam le 10 mars dernier (lire notre entrevue avec la chorégraphe), revenons sur le parcours d’une des danseuses de la troupe, l’Allemande Anne Dietrich. Elle […]

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