Tanzolymp fait dans la chorégraphie !

Publié le Lundi 15 juin 2015

Tanzolymp, le plus grand concours de danse d’Allemagne a soufflé en février dernier sa 12e bougie. Son directeur, Oleksi Bessmertni, a souhaité lui offrir « un petit frère » : le premier concours international de créations chorégraphiques !

 

Tanzolymp

© Arkadiy Shafirov

 

Beaucoup de compagnies (et notamment le Berliner Staatsballett !) regorgent de danseurs et danseuses doués pour la chorégraphie, comme nous avions pu le constater lors des représentations de Masse au Berghain en 2013. Début juin, 22 participants talentueux ont foulé, pendant 48 heures, les planches de l’Akademie der Künste devant un jury tout aussi brillant : Beatrice Knop, Kathryn Bennets, Corey Baker, Ronald Savkovic, et (cocorico !) en présence de Nicolas Le Riche (le danseur Étoile tout fraîchement retraité vient de créer au Théâtre des Champs Élysées, aux côtés de son épouse d’Étoile Clairemarie Osta, l’Atelier d’Art Chorégraphique) et de Jean-Philippe Dury (Elephant in the Black Box).

 

Si les premières pièces présentées lors des qualifications m’ont laissée plutôt dubitatives, voire m’ont fait tout simplement pouffer de rire tant leur propos était cliché (certains Russes, Ukrainiens et Autrichiens obtenant la palme du démodé et/ou du mauvais goût !), le gala de clôture me rassura très vite. Dédiée évidemment à l’immense Étoile Maïa Plissetskaïa, décédée le 2 mai dernier à Munich, la soirée a débuté par La Mort du cygne interprété par Elena Pris, première soliste du Staatsballett. Émouvant moment, même si on ne peut s’empêcher de comparer l’incomparable et donc de ne pas retrouver dans les bras d’Elena la grâce suspendue de ceux de Maïa…

 

Le clin d’œil effectué, place aux dix participants finalement sélectionnés. On remarque la puissance technique de ces danseurs, façonnés à l’extrême par ces jeunes chorégraphes-orfèvres, soucieux de travailler les corps dans le moindre détail, ne négligeant aucun muscle, aucune articulation ! The Boy de Louis Stiens, rythmé par une partition baroque répétitive (un peu trop peut-être), place un soliste en devant de scène, dans la pénombre. Les mouvements s’enchaînent avec virtuosité pour ne plus faire qu’un avec l’ensemble des notes. Un savoureux mais long solo, d’une musicalité étudiée. Tout aussi intéressant, dans un tout autre genre : ce trio hip hop, sous la houlette du Japonais Takame Yamamoto, nous a éblouis par leur agilité, totalement en décalé par rapport à cet Impromptu de Schubert, interprété par une pianiste-mime passionnée.

 

Tanzolymp

© Arkadiy Shafirov

 

Le solo de Sofya Gaydukova (gagnante de la Seoul Modern Dance Competition) et le duo hongrois de Balazs Baranyai ne m’ont pas emballée : de puissants danseurs sans âme, soumis à des chorégraphies torturées, obscures, dépourvues qui plus est d’originalité. Le chorégraphe sera néanmoins invité à participer au festival international Madrid en Danza en novembre prochain : comme quoi, il en faut pour tous les goûts ! Dans ce registre lugubre (qui est indéfiniment à la mode de nos jours… Allez voir du Duato à Berlin et vous comprendrez immédiatement de quoi je parle !), le Russe Anton Rudakov reste néanmoins fascinant par son étrangeté. J’aurais raccourci la pièce de moitié mais l’interprète réussit à capter l’attention du public par une charismatique évolution dans l’espace. Accompagnement musical aussi insipide que monotone !

 

Vent de fraîcheurs bucoliques avec Ciaccona, signé Alexander Abdukarimov, danseur russe composant le corps de ballet du Staatsballett berlinois. Deux danseuses se jettent avec fougue dans les bras de leurs partenaires : portés d’une grande légèreté. C’est simple et beau à la fois. Les jupes de mousseline volent, les expressions candides se lisent sur les visages des couples, tout en émoi. Il y a chez ce jeune chorégraphe un peu de Robbins en moins jazzy, un peu de Petit en plus russe. Beaucoup moins naïf, le solo Hounded, de la Polonaise Justyna Woloch est l’une des pièces contemporaines les plus prononcées dans son style. C’est sombre, encore, mais très profond et surtout excessivement bien exécuté : une petite danseuse solide, très proche du sol, mais délicate et ponctuée dans son mouvement, d’une précision mathématique. Un troisième prix mérité ! Notez également le duo du soliste arménien du Staatsballett, Arschak Ghalumyan. Tout en spiritualité, il nous embarque dans un voyage intimiste au cœur d’un couple qui s’entrechoque, entre fougue et sérénité.

 

Pour vous faire une idée du travail de Craig Davidson

 

Le second prix est allé au Canadien Craig Davidson pour In-Between, ensemble pirouettant d’une tonicité extrême. Ses danseurs se contorsionnent, entrent et sortent, frôlent la chute… En osmose créatrice avec ses interprètes, Davidson (dé)forme les corps faisant la part belle à la performance du mouvement, entre accent et inflexion, rappelant ainsi William Forsythe ou Édouard Lock. Époustouflant. Le premier prix l’est beaucoup moins. Le jeune Suisse Benoît Favre, finaliste du Concours de Lausanne en 2011 et médaillé d’or en 2012 à Tanzolymp, avait peut-être encore le temps de mûrir un peu plus avant de décrocher cette récompense… Loin d’être dépourvu d’intérêt, ce quatuor reste néanmoins un peu mièvre. J’ai l’impression d’avoir déjà vu ce genre de chorégraphie, qui tente d’occuper tout l’espace mais se restreint dans des entrelacs compliqués. Le propos s’étouffe telle une vulgaire variation imposée d’examen de fin d’année. Apparemment, les membres du jury n’auraient d’ailleurs pas tous été d’accord avec cette remise de prix… Je l’aurais personnellement remis, sans aucune hésitation, au Russe Andrey Kaydanovsky pour son Love Songs. Un long (mais nullement ennuyeux !) trio, composé de deux danseurs et d’une danseuse, qui se déchire sur Ne me quitte pas de Brel, remixé par un/e Anglophone. La scénographie est au premier plan : l’un des danseurs crie de désespoir en français quand un autre tente de retenir sa bien-aimée, qui lui file entre les doigts comme cette robe qu’il lui arrache passionnément… Une pièce qui trouve ses racines dans un Tanztheater on ne peut plus actuel. Car la sublime chorégraphie est un tableau : une danse, une musique et un jeu à la fois.

 

 

Léa Chalmont-Faedo

 

 

Tanzolymp – Internationaler Wettbewerb für Choreographen Berlin
Akademie der Künste
1er et 2 juin
Tanzolymp.com

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